Vingt ans !
Le duo Vernet+Meckler a vingt ans, et son nouveau disque célèbre cet anniversaire, de manière plutôt originale.
Par Oliver Vernet
Pour les vingt ans de notre duo, quelle joie de retrouver ces chefs-d’œuvre de Johann Sebastian Bach, partenaire de la vie entière de tout organiste, compositeur fétiche dont j’ai enregistré l’intégrale de l’œuvre d’orgue pour l’année 2000, ainsi que les concertos pour claviers multiples (BWV 1060 à 1065) avec Marie-Claire Alain sur des orgues positifs accompagnés du Collegium Baroque, puis que j’ai joués en concert notamment avec André Isoir.
Bach est très certainement le compositeur le plus transcrit au monde : 400 pièces traitées 2700 fois par 600 transcripteurs, uniquement en ce qui concerne le piano solo, à 4 mains, à 2 ou 3 pianos, selon Arthur Schanz [Johann Sebastian Bach, Transcriptions pour piano, Ed. Verlag Karl Dieter Wagner Eisenach].
C’est pour 2 orgues que nous avons transcrit le Concerto Brandebourgeois BWV 1048 (nous l’avions enregistré en 2017 pour 4 mains, dans une transcription moins respectueuse).
Nous aurions pu jouer le Concerto pour 2 claviers BWV 1061, soit à deux claviers seuls (dans sa version primitive BWV 1061a), soit dans sa transcription pour deux pianos de Max Reger (1876-1913) qui incorpore les parties d’orchestre, mais nous avons préféré jouer les parties orchestrales au synthétiseur, en re-recording sur nos parties d’orgue, pour plus de richesse, de lisibilité, de clarté.
Ce qui nous intéressait particulièrement pour cet album (qui contient 14 pistes, le nombre fétiche de Bach), c’était le travail d’augmentation, d’empilement : par exemple un clavier ajouté à la partie originale (Prélude du Clavier bien Tempéré BWV 875, Toccata et fugue BWV 565, Invention BWV 779), ou encore des accompagnements de piano sur des œuvres pour violon seul (Chaconne BWV 1004), et des arrangements (très) libres (Invention BWV 779, Choral BWV 768, Swinging Bach, Bach Chat).
C’est un euphémisme de dire qu’accéder à deux orgues historiques de l’époque de J.S. Bach dans un même lieu n’est pas chose aisée.
Mais la technologie actuelle (logiciel Hauptwerk) nous permet d’enregistrer des instruments qui ne se trouvent même pas dans la même ville, ni même dans le même pays ; comme Stralsund (1653), Lüdingworth (1682), Altenbruch (1728), ou Groningen (1740). En lieu et place d’orgues à tuyaux, on joue ici sur deux orgues virtuelles reliées par MIDI à des banques de sons (Sonus Paradisi). L’échantillonnage préalable de ces sons (tuyau par tuyau) à des valeurs qui sont supérieures à celles requises par la conversion analogique-numérique (elle-même nécessaire pour le CD lors d’un enregistrement acoustique normal) rend indétectable l’usage de cet artifice.
Il n’est pas question cependant de mentir à l’auditeur : il s’agit là d’un concept permis par une technologie sans l’aide de laquelle ce genre de projet ne serait pas envisageable.
Certaines pièces ont toutefois été enregistrées sur orgues à tuyaux (Cathédrale d’Evreux [BWV 1004], Eglise Saint-Charles de Monaco [BWV 768], Eglise Saint-Vincent de Roquevaire [Swinging Bach]).
Le disque sera disponible dans sa version numérique sur les plateformes de streaming et de téléchargement, où il sera proposé en haute résolution et Dolby Atmos sur certaines plateformes, en particulier Apple Music, ce qui créée une expérience sonore tridimensionnelle (3D) incroyablement immersive.
O.V.


